• La pluie tombait de plus en plus et les nuages recouvraient totalement le ciel auparavant si bleu. Kely regardait les gouttes atteindre violemment le sol à travers sa fenêtre. Perdue dans ses pensées, elle se remémorait sa dispute avec son amant un jour auparavant.

    Que lui avait-il dit déjà ? Ha oui, il lui avait dit qu'elle devenait folle, et qu'elle ne se connaissait pas. Un comportement pour certain incompréhensible est-il réellement acte de folie ? Elle n'en savait rien.

    Elle avait juste fait une crise d'angoisse devant ses yeux. Fabien affolé essayait en vain de calmer ses peines. Kely était rongée par une souffrance inexplicable qui effrayait Fabien. Après sa crise, il entreprit une « conversation sérieuse » comme il aimait bien les appeler, dans laquelle il voulait des explications, des réponses, ou même un changement de sa part.

    Que pouvait-elle dire ? Elle ne connaissait pas l'origine de sa douleur. Kely y avait pourtant réfléchie, à plusieurs reprises, mais aucune réponse pertinente résultait de ses réflexions. Fabien, lassé par le silence de sa copine, finit par s'énerver. L'accumulation de la forte émotion qu'il avait éprouvé durant la crise, de ses soucis au travail et de la santé fragile de sa mère avait eu raison de lui : il s'était emporté. Il lui avait crié qu'elle devenait complètement folle et qu'elle ne se connaissait même pas. Sur ces mots, il avait laissé Kely seule dans l'appartement.

     

    Depuis, elle n'était pas sortie. Elle s'était contentée de regarder par la fenêtre la vie qui défilait. Les voitures, les passants, les marchands... Comme si la vie se trouvait à l'extérieur, et qu'à l'intérieur rien n'y résidait. Il n'y avait pas la mort non plus, puisqu'elle est caractérisée par la fin de vie. Comment cet intérieur pouvait-il correspondre à la mort s'il n'a jamais contenu la vie ? Kely se le demandait. Elle se demandait si elle vivait vraiment, ou si sa vie n'avait pas de sens, ou plutôt si elle-même n'avait pas de sens.

    Un soupire sortit de sa bouche endormie. Elle se lassa de l'observation des rues extérieures et décida de se préparer un en-cas. Un simple sandwich au beurre et au fromage lui faisait office de repas.

     

    Alors qu'elle marchait dans un couloir, sa silhouette apparut un bref instant dans le miroir de sa chambre ouverte. Pour une raison inconnue, sa silhouette l'intriguait. Elle s'introduisit donc dans sa chambre et face à son miroir, elle détaillait ce qu'elle voyait.

    Une simple jeune femme, assez petite, le ventre légèrement potelé, des cheveux bruns coupés courts assortis à ses yeux noirs. Un physique assez banal qu'elle entrevoyait tous les jours dans ce même miroir.

    « Tu ne te connais même pas ! » avait crié son amant.

    Kely ne pouvait contester ce reproche. Qu'est-ce qu'elle était ?

    La question « qui suis-je » est simple, car il suffit de répondre par un nom, par une personne, par une carte d'identité. Mais la question « qu'est-ce qu'elle était » la tourmentait beaucoup plus. Était-elle un simple corps, fait de chair et d'os ? Était-elle un cerveau, composé de simple réaction chimique ? Était-elle aussi vide et matérielle que cela ? Elle toucha de son index la surface du miroir.

    À cet instant, le miroir se troubla tel de l'eau dont la sérénité avait été interrompue par une perturbation. Des houles se formèrent à son contact. Sa main entière fut engloutie par la substance transparente du miroir, puis son bras, puis ses jambes, puis son corps tout entier.

     

    De l'autre côté, il n'y avait rien. Seulement l'obscurité. Puis une lumière s'approcha de Kely qui, malgré l'irréalité de la situation, restait calme. Un sentiment de sécurité l'avait envahi, tant bien que les événements ne la surprirent pas. Elle identifia cette lumière à une lampe de poche qu'une mystérieuse ombre tenait dans ce qui semblait être sa main. La forme difforme de l'ombre dégageait une atmosphère lumineuse que Kely ne pouvait expliquer.

    L'ombre lui fit geste de le suivre le long d'un tunnel, ce qu'elle fit. Le bout du tunnel, matérialisé par des rayons solaires, apparaissait enfin. Ils s'arrêtèrent.

    Le tunnel débouchait sur un énorme fossé sombre, visiblement sans fond. L'ombre poussa Kely dans ce gouffre.

    C'est alors que dans sa chute, elle vit des parcelles de ses souvenirs. Son premier anniversaire, ses vacances en Italie, le visage de sa famille, de ses amis, de son amant, de ses peines et de ses joies. Toute sa vie défila le long du gouffre.

    Et elle atterrit.

     

    À son réveil, elle se trouvait allongée dans son lit. Un plateau repas muni d'un bol de soupe l'attendait sur sa table de nuit avec des médicaments contre la fièvre. Elle posa sa main sur son front : en effet, elle était brûlante !

    Fabien entra dans sa chambre et, remarquant que Kely était enfin réveillée, il s'assit sur le bord du lit d'un air gêné.

    « Tu sais Kely, je suis vraiment désolé pour ce que je t'ai dit hier. C'était stupide. J'ai tout déballé sous le coup de l'émotion mais je sais très bien que c'est faux et que je n'avais pas à te dire cela. »

    Face aux excuses de son amant, Kely lui sourit. Ce qu'il avait dit n'avait plus d'importance. Fabien était plus que de simples paroles, plus qu'un corps animé constitué de cellule, il était plus qu'un cerveau composé de réaction chimique. Il était plus que cela et elle le savait.

    Depuis son réveil, une étrange paix abondante submergeait son esprit. Ses doigts se glissèrent entre ceux du jeune homme qui serra son étreinte. Elle ferma ses yeux.

    Elle repensa à l'interminable chute qu'elle avait entreprit un peu plus tôt. C'était pendant cette chute que tout était devenu clair pour Kely. Jamais plus elle ne se posera la question qui la tourmentait tant.

    Elle avait enfin trouvé une réponse, une seule réponse qui allait changer sa vie.


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  • L'école, l'instruction, l'avenir. Qu'est-ce que j'en ai à faire ? J'étouffe dans ce lycée de merde. Je n'ai qu'une seule envie : me casser d'ici.

    Il y a une semaine, j'ai tabassé un terminal. Il l'avait bien mérité. Ça lui apprendra à se moquer de moi. Depuis, les élèves me laissent tranquille, plus aucune remarque déplaisante. Ils ont enfin compris qu'il fallait pas m'énerver. Beaucoup jette des regards vers moi, comme si je suis une bête de foire. Je les laisse faire, ils n'en valent pas la peine de toute manière.

    Aujourd'hui, les regards persistent, ça à le don de m'énerver. Une fille du premier rang n'arrête pas de me fixer en chuchotant à l'oreille de sa voisine.

    « Qu'est-ce que tu me veux ? » menaçai-je.

    Elle a de la chance d'être une fille, sinon mon poing aurait atterri dans sa figure.

    À peine la sonnerie retentit que je file hors de la classe. En sortant du bâtiment, un lycéen me bouscule sans retenu ni politesse. Je n'arrive plus à retenir ma colère :

    « Fais attention où tu marches ! »

    Le mec se retourne, puis s'avance devant moi avec un air de défi.

    « Qu'est-ce que tu me veux, minus ? »

    C'était la phrase de trop.

    Je serre mon poing et fracasse son visage. Du sang coule sur ma main. Le lycéen maintenant à terre est bien amoché. Je le frappe à nouveau, en tenant sa veste par le col. Ma vision se brouille, des images apparaissent. Un vieil homme recouvert de puanteur boit une bouteille de vodka cul sec. Ses longs cheveux ainsi que son menton pas rasé m’écœurent. Ses vêtements n'ont pas été lavé depuis plusieurs mois déjà. Je reconnais avec dégoût mon père.

    Je le frappe de toute mes forces. Un sourire se dessine sur ses lèvres imbibées d'alcool. Mes joues se crispent et forment un rictus. Il va le regretter. La colère qui me guettait constamment surgit. Mes coups de poings sont incontrôlables.

    Je ne m'arrêterai pas. Non, je ne m'arrêterai pas. Pas avant d'exterminer ce foutu souvenir, ce foutu visage que je déteste. Je le déteste parce que je l'aimais. Je le déteste parce qu'il a fait l’impardonnable. Et je me déteste parce que je ne pourrai jamais le pardonner.

    « Quentin !!!! »

    Des bras s'agrippent autour de ma taille et essayent d'empêcher mes coups de partir. Je distingue mal ce qui m'entourent, coincé dans l'illusion, coincé dans le passé. Je ne peux pas m'échapper.

    C'est pourquoi l'école, l'instruction, l'avenir, qu'est-ce que j'en ai à faire ?

     


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  •  Je lisais tranquillement le journal du jour dans mon fauteuil favori. Un article portait sur un meurtre d'une jeune étudiante dans la ville voisine. Une si jeune femme... Et dire que je vivais depuis 80 ans maintenant. D'un côté, elle évitera le craquement des os, les articulations douloureuses, les maladies de vieux qui s'enchaînent au fil des années.

    Je me demandais ce que cela faisait d'être jeune. Bien sûr, je l'avais été et pourtant mes souvenirs ne me suffisaient pas pour le revivre.

    « Bonjour papa. »

    Mon fils entra dans le salon. Je grommelai en guise de réponse.

    Il avait eu la gentillesse de m’accueillir dans sa maison. Il était bien obligé, ses frères et sœurs s'étaient catégoriquement opposés au fait de m'héberger et je refusais de me retrouver en maison de retraite. Là-bas, on nous prenait pour des gamins. Certes, j'avais quelques difficultés pour me déplacer, mais pas de quoi en faire un plat. Je ne supportais pas l’intonation niaise que le personnel prenait pour me parler.

    Les médecins m'avaient interdit de vivre seul suite à mon ancienne chute dans des escaliers. Je pouvais à tout moment faire un faux pas et en cas d'accident, je ne pouvais plus me débrouiller seul. C'était de cette manière que je m'étais retrouvé ici, dans la nouvelle famille de mon fils aîné. Lui et sa femme n'avait pas l'air satisfait de devoir s'occuper de moi, mais ils réussissaient à le cacher. Sa femme m'adressait même des petits sourires de temps à autre.

     

    Une fois le journal terminé, je me dirigeai vers les toilettes. En sortant, mon fils mettait la table. Je sentais une délicieuse odeur de choucroute. Sa femme rappliqua et posa le plat sur la table enfin prête. On s'installa.

    Je tenais toujours à ma tranquillité, mais le silence qui survenait lorsque l'on mangeait était inconfortable. Dans ces moments là, j'avais le sentiment qu'il fallait que j'améliore mon comportement pour remercier leur hospitalité.

    « La choucroute est succulente ! Saviez-vous que c'est mon plat préféré ?

    -Oui papa, tu nous l'as déjà dit... »

    « C'est toujours comme ça avec les jeunes : les vieux n'ont plus le droit de radoter ! » pensai-je intérieurement.

    J'essayai néanmoins de me rattraper :

    « Sylvie est une excellente cuisinière. »

    Le compliment que je fis semblait flatter la femme de mon fils, et ce même si je le répétais à chaque repas.

    « Quentin, continuai-je, pourras-tu m'apporter le livre de Balzac que je t'ai demandé ?

    -Tu l'auras demain. Aujourd’hui ce ne sera pas possible, j'ai des réunions pour mon entreprise. D'ailleurs il faut que je file vite à 13h30. »

    Quentin regarda machinalement sa montre et se crispa en voyant les minutes s'envoler. Le repas prit fin comme à son habitude : mon fils engloutit son dessert et se rua à l'extérieur de la maison tandis que sa femme débarrassait tranquillement la table en me proposant un café -que j'acceptai volontiers.

    Sylvie était architecte et travaillait régulièrement à la maison. Elle sortait parfois pour des rendez-vous avec ses clients, ou encore pour s'assurer du bon fonctionnement de la construction d'une maison.

    Ils me laissaient souvent seul à la maison mais je ne leur en voulait pas. Ils ne pouvaient pas faire autrement et j'avais besoin de ma tranquillité. Notre voisine venait tous les jours prendre de mes nouvelles alors je ne me sentais pas seul.

     

    Je m'installai à nouveau sur mon petit fauteuil, et déroulai une nouvelle fois mon journal. Les lettres étaient floues et illisibles. Je m'aperçus que je n'avais plus mes lunettes.

    Pensant qu'elle ne devait pas se cacher bien loin, je regardai sur la petite table à côté de moi. Mais rien, plus de lunettes ! Je m'affolais ! J'avais déjà entamé ma fin de vie, qui avait toujours été paisible et sans complication, mais voilà que je me retrouvais devant une aventure sans merci !

    Je pris mon courage à de main et me levai, sentant mes os grincer de douleur. Je jetai un œil sur la table à manger, rien. Je me dirigeai dans les toilettes, rien. J'avais parcouru les seuls endroits où j'étais susceptible d'aller !

    « Réfléchissons bien, me dis-je, elles ne sont sûrement pas dans les toilettes. Il ne me reste plus qu'à chercher plus minutieusement dans le salon. »

    Je retournai dans le salon et cette fois-ci, j'inspectais impeccablement du regard toute la salle. De mon fauteuil à côté de la fenêtre, jusqu'à la porte qui donnait à la cuisine.

    Je vérifiai sous la table à manger en courbant mon dos. Mes muscles inexistants n'avaient pas assez de force pour soutenir mon poids et mon dos s'alourdissait de plus en plus. La propreté du sol accompagnée de l'absence de mes malheureuses lunettes firent sortir de ma bouche un grognement d'impatience. Sans mes lunettes, je ne pouvais plus lire. Et la lecture était la seule occupation qu'il me restait.

    Le soleil tapait sur la vitre et ne faisait qu'accentuer mon mécontentement. Décidément, ce n'était pas ma journée ! Je marchais lourdement jusqu'à la fenêtre et activai le déroulement des stores. C'est alors que je remarquai derrière mon fauteuil une petite pair de lunettes qui me narguait. Le soulagement de les avoir retrouvé se mélangeait avec ma mauvaise humeur. Je me courbais jusqu'à les atteindre. Une fois l'objectif rempli, je sentis les exercices physiques que mon corps avait accompli. Toute cette marche laissait sur mon dos tendu une horrible sensation. Je m'affalai sur mon fauteuil.

    Et je pus lire tranquillement le journal du jour.


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  • Ils étaient assis sur le banc. L'un à côté de l'autre, face à la route, des friandises éparpillées autour d'eux: ils discutaient. Cet après-midi leur semblait agréable et ressemblait à n'importe quel mercredi. Anna entamait un paquet de bonbon tandis que des voitures passaient encore et encore. Elle en proposa à Evan, qui sans la regarder déclina. Absorbé par une voiture garée au alentours, il fixait le conducteur.

    "Evan?"

    Le conducteur tourna la tête vers le banc, il remarqua Evan.

    "Arrête de les fixer" supplia Anna.

    Evan ne disait rien. Il continuait d'observer avec précaution. Anna, inquiète, se demanda ce qu'il se passait, et pourquoi Evan agissait ainsi. 

    Trois hommes costauds sortirent du véhicule. Ils serrèrent leur poings et leurs yeux se durcirent. Ils marchèrent d'un pas ferme en direction d'Evan. Les pensées d'Anna s'enfuirent de frayeur et laissèrent sa tête vide.

    "Qui sont ces personne? Evan, tu as déjà eu affaire à eux?"

    "S'il arrive quelque chose, prends mon téléphone, barre-toi et appelle la police"

    Anna n'était plus capable de prononcer un seul mot. Son coeur frappait sa poitrine, ses mains tremblèrent. Les agresseurs se tenaient à présent en face d'eux. Le conducteur, l'homme le plus robuste de la bande, provoqua Evan:

    "Pourquoi tu nous fixais? Tu as un problème?

    -Je ne vous fixais pas.

    -Ouai mytho vas!"

    Anna observait la scène sans savoir comment réagir. Fallait-il être patiente et attendre que ces types s'en lasse? Fallait-il les remettre à leur place? Fallait-il s'enfuir? Elle était sûre d'une chose: elle ne pouvait pas s'enfuir. Ces hommes sont trop imprévisibles, elle ne pouvait pas laisser Evan seul, malgré ce qu'il lui avait ordonné auparavant. Elle glissa discrètement sa main toujours aussi tremblante dans son sac à main. Elle pris son portable. Elle composa un numé-

    "Hé toi! qu'est-ce que tu fais!"

    Un des agresseurs, l'ayant vu sur son portable, la poussa violemment par terre. Anna s'affola et regarda Evan cacher son effroi.

    Le moment approchait.

    Les agresseurs étaient prêts.

     

    Ils prirent le paquet de bonbon et partirent en courant.


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  • Il était une fois un marin fasciné par la mer mais cette fascination obsédait l'homme au plus haut point. Il avait arrêté de prendre le large pour une raison stupide et personne ne pouvait savoir ce qui pouvait bien se passer dans sa tête. Il consacrait néanmoins toute sa vie entière à étudier ces eaux. Il n'avait ni femme, ni enfant et ses amis le surprenait toujours en train de contempler le bleu lointain, les yeux rivés sur les vagues.

    Un jour il aperçut une bouteille de verre échouée sur la rive. Il l'a pris: vide. La bouteille était vide. Le marin prenait l'habitude de lire les messages que la mer lui envoyait. Il ne comprit pas ce que la mer essayait de lui transmettre.

    Persuadé qu'il devait déchiffrer un code, il scrutait la bouteille chaque soir, pensif et ailleurs. Ses amis, davantage inquiet à ce sujet, essayèrent en vain de se débarrasser de l'obsession nouvelle du marin. Alors qu'ils discutèrent avec leur compagnon afin de le résonner, l'homme s'écria "J'ai trouvé !" avant de partir tout exciter.

    Le lendemain, il revint déjeuner avec ses amis dans une auberge puis leur montra sa bouteille remplie d'eau. "Je possède enfin la mer ! se réjouissait-il." Confus, ses compagnons échangèrent plusieurs regards. Pour eux, une folie noire dévorait leur ami, et il ne fallait pas que cela dure. Ils voulurent le mettre en garde: "Mais enfin, qu'est-ce qui t'arrive?" "Reprends-toi !" "Depuis un certain temps, tu réagis de façon étrange." "Ta passion pour la mer va trop loin !"

    -Taisez-vous !

    La voix imposante du sage se fit entendre et le silence s'installa. On le surnommait "sage", ou encore "connaisseur" pour son expérience et chacune de ses paroles débordait de conseil. Le vieil homme reprit:

    "Les critiques sans fondements ne servent pas à éclairer l'esprit.

    -Mon vieil ami, qu'ai-je fait de mal? demanda le marin perdu.

    -Ne te préoccupe plus de ça, répondit le sage. Dis-moi plutôt ce que tu as dans la main.

    -C'est une bouteille en verre. Elle contient la mer entière !

    -En es-tu sûr?

    -Qu'insinuez-vous?"

    Le connaisseur garda un moment le silence, et semblait chercher ses mots. Personne n'osait rompre ce processus qu'ils connaissaient tous.

    "Et bien, expliqua le vieil homme, cette bouteille est trop petite pour contenir l’immensité de la mer, tu ne crois pas? Là-dedans, il n'y a qu'une partie."

    Les yeux du marin se noyèrent de tristesse:

    "Comment pourrai-je connaître la mer dans ce cas?

    -Il est vrai que cette bouteille est trop petite, approfondit le vieil homme, ce n'est pas la mer qui doit s'adapter à la bouteille."

    Les compagnons ne comprirent pas les intentions du sage et désapprouvait la nouvelle lueur d'espoir qui s'éveillait de leur ami, lueur qui selon eux n'était que simple mensonge. Un remarqua alors: "Aucune bouteille n'est assez grande pour s'adapter à la mer ! Allez les gars, on s'en va." Chacun prit leur affaire et s'apprêtait à partir jusqu'au moment où ils virent leur ami, immobile, interroger: "Et pourquoi pas?"

    Son ami se retourna et secoua les épaules du marin: "Voyons, regarde les choses en face ! Tu vois bien la différence de taille entre cette minuscule bouteille et la mer ! C'est impossible pour cette bouteille de...

    -La bouteille pourra, coupa le sage.

    -Comment?"

    Le connaisseur ne répondit pas à la question du douteux, mais se tourna vers le marin et murmura:

    "Il suffit d'ouvrir la bouteille et de laisser la mer y habiter."

    "Il est fou." "Ne l'écoute pas." "Restons pas ici."

    Le soir même, le marin déposa la bouteille de verre dans les eaux insaisissables en gardant fermement le bouchon dans le creux de sa main. Il rentra chez lui, prépara ses affaires pour naviguer au loin à la conquête de la mer.


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  • Première partie

     La sorcière la prit dans ses bras et la consola. Une fois les larmes séchées, la vieille lui expliqua: "La princesse a donné son cœur au jeune homme, et le jeune homme lui a donné le sien. Dans ce pays, c'est ainsi que l'amour peut exister. C'est la loi de ce monde. L'amour qui te relit au jeune homme pourrira puis disparaîtra. Ton cœur sera alors vide: il mourra.

    -Que dois-je faire? supplia la mourante, Je vous en supplie, dites-moi s'il existe un remède au sort de ce monde?

    -Le monde te donnera plusieurs remèdes. À toi de voir lequel prendre." La sorcière repartit aussitôt.

    Le lendemain, nos très chers compagnons atteignirent rapidement leur destination. Le château était là, face à eux. Les soldats amenèrent les voyageurs devant le roi. Sa majesté trônait sur un trône de tristesse. Cela faisait un mois que sa fille restait prisonnière d'une maladie. En effet, une fée avait lancé une malédiction en guise de punition. Le roi n'avait pas respecter les lois établies depuis la création de leur monde en chassant le cœur de sa fille.

    Malgré les retrouvailles des amants, la malédiction résidait toujours et aucun médecin, ni même l'amour du jeune homme, ne put guérir la princesse. La jeune fille fut malheureuse de voir son prince assis au chevet de la princesse pour pleurer son amour. Elle alla donc rendre visite à la fée, au fin fond des montagnes fleuries.

    La fée logeait dans une petite cabane en bois entourée d'un jardin de fleurs. La fée reçut son invité avec charité. La jeune fille expliqua la raison de sa venue et demanda à lever la malédiction. La fée chanta;

    "Le cœur du jeune homme s'éteint

    Peu à peu dans ce corps bientôt froid

    Absorbant la malédiction du roi

    La princesse gît dans ses draps de satin

     

    Le corps de la princesse meurt, mais son cœur vit,

    Tandis que son bien-aimé perd son cœur

    Avec ce corps toujours en vie

    La malédiction régnera à toute heure"

    Elles passèrent le reste de la journée à discuter. Puis la jeune fille retourna au château, ne disant mot sur ce qu'elle venait d'apprendre.

    Le soir-même, la sorcière des marais apparut de nouveau devant sa protégée. Elle lui confia: "La malédiction ne pourra être levée, mais il existe une solution pour en échapper. La fée des montagnes de te l'a pas révélé, car le monde garde bien ses secrets." La vieille lui donna trois flacons remplis de potion différente. Elle révéla par la suite: "Voici ce que le monde a bien voulu t'offrir. Choisi un seul remède."

    La sorcière rejoignit la lumière nocturne, laissant la jeune fille choisir une des potions qu'on lui proposait. La première potion ravivait tout l'amour qui disparaissait. La seconde absorbait toutes malédictions qui survivaient. La troisième proposait une fin que personne ne connaissait.

    Elle but le troisième flacon. 


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  • Bonjour à tous ! Je me suis mise à écrire un conte, contrairement à mes habitudes, et je voulais vous en faire part x)

     

       Il était une fois, dans une petit village, un homme et un femme marié qui vendait du pain chaque jour. Ils avaient un enfant qui devint rapidement une jeune fille. Elle n'était doté ni d'une grande beauté, ni d'une terrible laideur. Elle aidait sans relâche ses parents dans leur boulangerie. Ils s'en sortaient plutôt bien, bien qu'ils ne soient pas riches. Ils se contentaient de ce qu'ils avaient et cela leur suffisait.

     

    Un jour, la jeune fille découvrit un jeune homme, assis par terre devant une fontaine au centre du village. Il était sale, avait des habits déchirés et une odeur nauséabonde se dégageait hors de ses cheveux courts. Elle le prit, s'occupa de lui et bientôt le jeune homme retrouva sa véritable apparence. En effet, c'était un très beau jeune homme.

       Il logea un moment chez les boulangers. Pendant ce court instant, la jeune fille apprit à le connaître et tomba vite éperdument amoureuse de lui.

    Malheureusement, la jeune fille se rendit compte qu'il s'était épris de la princesse du château voisin. Découvrant l'amour qui régnait entre l'inconnu et sa fille, le roi l'avait chassé de son royaume à jamais, ne sachant pas que le cœur de la princesse partait avec le jeune homme.

    La jeune fille passait son temps devant le miroir, désespérée, voyant sa banalité corporelle. Elle ne disait mot de ses sentiments afin de ne pas mettre son prince mal à l'aise. Elle souffrait secrètement.

     

    Quand le jeune homme décida enfin de continuer son voyage, elle se proposa de l'accompagner et de le guider à travers ces terres qu'elle connaissait bien. Il refusa tout d'abord, mais l'insistance de son hôte le força à accepter et ils se mirent en route à l'aube.

    Ils s'aventurèrent dans les bois, sans savoir exactement où ils allaient. Le jeune homme reçu un message du palais royal qui l'avait auparavant chassé. La princesse, malade de tristesse, gisait le jour durant dans son lit, ne laissant aucune trace de vie. Voulant accourir au secours de sa bien-aimé, le jeune homme, accompagné de la jeune fille, se dirigea vers le palais des terres voisines.

    Ils s'arrêtèrent pour dormir. La jeune fille ne trouvait pas le sommeil, comme chaque nuit qu'elle avait passé depuis sa rencontre avec le jeune homme. La lune brillait de ses éclats et, un vent en rafale secoua la forêt entière. Nul ne fut réveillé, même les oiseaux étaient profondément assoupi. Sans parler du jeune homme qui rêvait une nouvelle fois de sa princesse. La jeune se leva, observant avec attention chaque mouvement de l'air.

    Le vent ainsi que la lumière verte de la lune laissèrent place à une vieille femme. La jeune fille reconnu tout de suite la sorcière des marais qui ne faisait que de rare visite. La vieille de tint face à la jeune fille et dit "Le cœur de la princesse est malade". Le vent disparut, le silence prenait place. La sorcière continua "Le cœur de cet homme est malade", désignant le rêveur endormi, puis avertit la jeune fille "Ton cœur aussi est malade, mais le tien ne pourra guérir. Il mourra."

    La jeune fille, la main sur la poitrine pour protéger son cœur, pleura comme elle n'avait pleuré jusqu'alors.

    Deuxième partie


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  • On dit souvent se tromper sur la nature de l'amour. Surtout lorsque l'on est jeune. Mais l'âge n'a-t-il pas de conséquence sur ce sentiment?

    Pour ma part, je suis convaincu de ressentir cette émotion, en ce moment. Je reste néanmoins une adolescente, et j'ai conscience de l'amour naissant qui éclot dans mon cœur. Mais si cette fleur venait à grandir? Elle serait la plus belle, la plus grande, la plus sincère qu'il soit.

    Si toutes les émotions qui traverse mon être n'était pas ce qu'on appelle l'amour... Alors comment expliquer ma situation?

     

    "-Bien. Venez-vous asseoir sur ce fauteuil. Installez-vous confortablement. Voilà. Bon je me présente: Dr Poivré. Tu es Sofia n'est-ce pas?"

    Je fais un hochement de tête, intimidée par sa taille immense, Malgré le fait qu'elle soit, tout comme moi, assise.

    "Racontez-moi tout !

    -Euh... C'est-à-dire?

    -Vous êtes bien ici suite à des problèmes psychologiques, je présume? Votre mère a pris rendez-vous pour que vous puissiez sortir ce que vous avez sur le cœur et parler, en toute sécurité, de votre état d'esprit."

    Je ne me sens aucunement à l'aise avec cette psychologue. Bien sûr, j'en avais pas souvent affaire avec eux, mais il m'est arrivé une fois de péter les plomb. D'après mes souvenir, à la suite de l'entrevu, tout s'est arrangé. Je ne pense pas que ce sera le cas avec celle-là.

    -Plus ou moins..., m’efforçai-je de murmurer.

    -Je vous écoute donc.

    -Je n'ai pas de sérieux problèmes, que ce soit physique ou psychique, Je dirai même que je n'en ai pas. Je me sens tout à fait bien.

    -Mais il doit bien y avoir une raison de votre venu dans ce cabinet.

    -C'est ma mère qui a pris ce rendez-vous, sans me demander mon avis.

    -Vous avez des soucis avec votre mère?

    -Ho non! Pas du tout! Disons que c'est elle qui s'occupe de tout ce qui est médical. Ça ne me dérange pas forcément en général.

    -Savez-vous pourquoi vous a-elle amené ici?"

    Je regarde les murs qui m'entoure. C'est bien ce que je pensais...

    "-Dr? Tu es novice dans ce métier n'est-ce pas? (Elle sursaute alors à l'écoute du pronom "Tu" que j'ai utilisé)

    -Pourquoi cette question?

    -Ce cabinet n'est pas le tien, et j'ai entendu la secrétaire parlé avec un autre docteur au téléphone sur votre dossier.

    -Et bien, c'est tout à fait ça.

    -Pourquoi as-tu décidé de devenir psychologue?

    -Euh... Je...

    -Ne te trouble pas, dis-le tout simplement !"

    Est-elle vraiment psychologue? Son comportement et ses réactions face à ma question ne lui donne en rien l'allure d'un docteur.

    "-Je veux aider les personnes à surmonter leur problème."

    Réponse typique.

    "-Est-ce tout? N'as-tu pas déjà été écraser par des problèmes?

    -Si. Plusieurs fois même..."

    Après un silence complet, elle me fixe droit dans les yeux et continue:

    "- J'ai fait trop souvent les mauvais choix. A chaque fois que j'en faisais, je ne pouvais plus arrêter. Je me suis laisser écraser par mes problèmes.

    -Quelle genre de problème as-tu fais face?"

    Puis elle me raconte tout. Sa vie, sa joie, son malheur. Ses problèmes surtout. Elle parle, et moi je me tiens là, devant elle, l'oreille à l'écoute. Les rôles se sont inversés, mais n'est-ce pas une bonne chose? Tout le monde a besoin d'un peu d'attention. Certain plus que d'autre. Et il se trouvais que cette femme en avait plus besoin que moi. C'est si facile de fuir les problèmes, elle en est la preuve. En parler une fois l'ouragan passé est une façon d'y faire face, d'assumer.

    En même temps d'écouter, j'ai encouragé, donner des conseils, je suis devenu sans aucune année d'étude, une psychologue.

    Parfois, les rôles sont échangés. On aide ceux qui nous ont aidé, ou on est aidé par ceux qu'on aide. On aide ceux qui ne nous aide pas, et on n'aide pas ceux qui nous aide. Elle ne peux pas m'aider alors qu'elle a besoin d'aide. Je ne veux pas l'aider en espérant une aide en retour. Je l'aide parce qu'elle demandait un secours.

    Un heure est passé, le temps en lui même ne compte plus, il est incalculable, rapide et discret.

    "-Merci beaucoup de m'avoir écouté.

    -De rien, ce n'est pas grand chose.

    -Maintenant c'est à toi de me raconter ce que tu as sur le coeur."

    En quelques heures seulement, elle avait complètement changé, et elle a put acquérir beaucoup d'expérience dans ce métier. Je le sens.

    "Moi? Ce que j'ai sur le coeur? J'ai de la joie, de la crainte, de la tristesse, de l'angoisse, du bonheur et du malheur. Ces sentiments se sont introduits en cassant la porte. Mais avant, quelque chose est passé par la fenêtre. Ça ne contrôle pas les sentiments agités, mais ces sentiments tourne autour, grâce -ou à cause?- de cette intrusion.

    Je ne pense plus qu'à ce qui as provoqué tout ça. Je veux avancer, mais le chemin est dangereux. Je ne me sens pas capable de marcher sur cette route. J'ai peur de tomber, ou de devoir reculer. Mais quand je regarde l'horizon en face de moi, je veux courir le rejoindre. J'ai peur de faire des erreur, mais en même temps cette horizon m'éclaire.

    Il est beau, mais qu'il est beau ! Il ne disparaît jamais de mon champ de vision. Il me réchauffe. C'est seulement lorsque je regarde par terre que la crainte me fait face. Je me sens pas digne de continuer, bien que j'en ai énormément envie. Ce sol que je regarde, ce n'est pas l'horizon, mais c'est moi et mon imperfection. Comment pourrai-je rejoindre cette lumière alors que je suis sale, moche?

    C'est alors que je relève la tête. L'horizon est toujours là. Je ne sais pas s'il m'appelle, mais je vais venir jusqu'à lui. Je veux le chérir, l'aider, rester avec lui, sans rien demander en retour. Je veux l'enlacer, le regarder, le contempler, lui sourir, lui parler, l'écouter, le connaitre, me donner, l'aimer.

    Je suis amoureuse."


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    "C'est fini. Je ne me laisserai plus avoir."

    Toujours ces pensées qu'on oublie facilement, même un peu trop. Mais cette fois-ci, je suivrai ces mots au pieds de la lettre.

    J'étais naïve. Ses belles paroles qui sortaient de sa bouche ne valaient rien. "Je t'aime" disait-il sans le penser. Son beau regard me fixait toujours tendrement après ce mensonge si persuasif. Mes larmes me fuyaient en découvrant cette illusion, laissant la place à l'amère colère. J'étais à terre.

    Il fallait me relever, d'une façon ou d'une autre.

    "C'est fini. Je ne me laisserai plus avoir" n'était qu'un consolation au départ, devenu vite une promesse.

     

    "Hé! Tu m'écoutes?"

    Je lève la tête: Elise, assise en face de moi dans un café, attend une réaction de ma part.

    "Oui, oui, je t'écoute"

    Peu convaincue, elle reprend:

    "Arrête de t'enfermer sur toi-même. Ça fait plusieurs fois que j'essaie de te parler !

    -Excuse-moi. Tu me disais?

    -Ne fais pas l'ignorante ! Je sais que ça a été dur pour toi ces derniers temps, mais ne sèche plus les cours. Tu devrais te remettre au travail. Les examens, c'est pour bientôt et la sélection de l'université va être très rude. Donc si tu as envie de continuer ces études, tu as intérêt à t'accrocher!"

    Bien que me faisant la moral, l'idée d'Elise à m'encourager échappe une chaleur qui m'atteint en un rien de temps.

    "J'avais prévu de revenir lundi, je réponds enfin.

    -Étant donné ton retard, je pense que tu devrais éviter de participer à la fête de ce soir.

    -Quelle fête?"

    Mon amie ne put s'empêcher de laisser échapper un soupir d'exaspération. Puis,elle tourne ses yeux rêveurs vers la vitre montrant les rues fades extérieurs. Elle continue de suivre des inconnus -plus ou moins pressés- du regard.

    "Je t'en parlais tout à l'heure, commence-t-elle. Un ami à moi organise une fête ce soir et il m'a demandé de venir. Je ne comptais pas y aller seule, mais vu la situation...

    -C'est qui ?

    - Si tu m'avais écouté, tu le saurais !"

    Elle n'ose alors pas me regarder en face. Et après une pause, elle finit par avouer:

    "Il s'appelle Thomas. Je l'ai rencontré l'autre jour dans le magasin de disques à côté du cinéma."

    Désormais, elle ne fixe plus la fenêtre et j'aperçois sans étonnement ses joues rouges.

    "Pff, quelle idiotie" pensé-je en voyant ses sentiments. Cependant, j'ajoute: "Je viendrais".

     

    Elise a tout fait pour me convaincre. Rien n'a pu me changer d'avis.

    Une intuition m'avait poussé jusqu'à la porte d'entrée de cette fameuse fête. Cette même intuition met en danger la réussite de mes études qui me semble pour le moment sans la moindre importance. Je ne pouvais travailler entre les sombres murs de mon appartement.

    Je retrouve enfin mes esprits, perdus dans une réflexion sans fin. J'enfouie mes mains glacées dans mes poches. Je constate après quelques brèves recherches l'absence de mon téléphone portable. L'oubli de cet objet ne m'affole pas: "Qu'importe".

    La porte, se tenant humblement devant moi, renferme un petit logement: le nombre "35" est joliment représenté sur une plaque.

    Cela paraît invraisemblable mais je ne m'étais pas rendu compte que je me trouvais jusqu'à maintenant dans un immeuble tant le moulin de mes pensées tournait, tournait, sans arrêt.

    Mes doigt crispés par le froid appuient hâtivement la petite sonnette. On ouvre la porte.

     

    "Je ne me sens pas bien", voici la seule excuse que j'avais pu trouver quelques heures après mon arrivée chez ce "Thomas".

    L'intuition insistant à ma venue s'était changée en un pressentiment qui voulais m'amener jusqu'à mon appartement.

    C'était une modeste fête, entre amis. L'ambiance dégageait une joyeuse entente. Néanmoins, je ne me sentais pas à ma place. Écoutant les discussions bien qu'ennuyantes ou suivre des yeux les aiguilles de l'horloge tourner machinalement ne m'inspirait en rien.

    Je repensais souvent à ce jour-là. Pour dire vrai, il me revenait constamment en mémoire. Regardant dans le blanc de mes yeux, il était resté calme, recevant des reproches de toute part. J'avais tout laissé sortir de ma bouche, par la suite indignée.

    "C'est fini. Je ne me laisserai plus avoir ni par son égoïsme, ni par le mien." Regrettant ma dureté et mon intolérance, la honte me hante hier comme aujourd'hui. Le besoin incessant de m'excuser prend une ampleur tel la grandeur du ciel étoilé.

    Je fis peu à peu semblant d'avoir des maux de ventre. Très vite, cette idée se semait dans l'esprit de chacun, même d'Elise qui pourtant connaissait mes talents de comédienne.

     

    Pour une fois, depuis bien longtemps, aucun mouvement de la ville ne m'échappe. Chaque lumière attire ma vue allant de droite à gauche, donnant à mes yeux le temps minimum nécessaire d'avaler chaque détail.

    Mes oreilles ne restent pas non plus inactives. Les voitures, le pas des gens parcourant la rue, la douce brise... Tous les bruits sont aspirés par ma mémoire, qui reconnaît à présent l'endroit où j'habite.

    Je m'arrête, pensive.

     

    "Alors? Tu y arrive?, me demanda-t-Il

    -L'exercice n°5 est pas évident... Je ne comprend pas le sujet.

    -Fais voir."

    Il prit mon cahier d'histoire pour enfin m'expliquer:

    "Il faut s'appuyer sur le document n°3 pour y répondre."

    Cela faisait bien trois heures qu'Il m'aidait à résoudre des problèmes mathématiques, puis à répondre à des questions en histoire. Ces deux matières, à mes yeux si compliquées, paraissaient pour Lui d'une simplicité effroyable.

    Il venait toujours, lorsque j'avais besoin de Lui et je faisais de mon mieux pour en faire autant.

     

    Ce souvenir appartenant à mon quotidien passé me frappe. Pouvais-je revenir en ce temps-là? Non. On ne revit pas le passé. Néanmoins, l'espoir qu'un jour je puisse repartir de zéro afin de continuer à Le voir demeure. J'avais essayé en effet de Lui parler, d'arranger la situation. Cette relation ne dépendait, ne dépend et ne dépendra pas seulement de moi.

    Je redoutais sa réaction face à ce que je voulais Lui dire, imaginant sans cesse le pire des scénarios. Finalement, j'abandonnais ce courage et rien n'avança. Je me sens faible depuis lors. Reculant devant un obstacle de la vie, je fuis ce qui n'est pourtant pas arrivé.

     

    J'arrive enfin à destination et, fatiguée par ces terribles heures consacrées à l'ennuie (ou plutôt la fête), je m'affale sur l'unique canapé de mon logement obscur. Les lumières de l'extérieur traverse la fenêtre, les volets ouverts, me montrant maladroitement mon portable allumé sur la table à manger.

    On est le vendredi 31 octobre.

    Je reconnais tout de suite le numéro qui m'avait envoyé ce message:

    "Rejoinds-moi devant la gare samedi à 14h. Je dois te parler, c'est important."

     

    Dois-je y croire?


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