• Concours

    Je consacre une rubrique entière pour ma participation à des concours d'écriture x)

    N'hésitez pas à me donner vos ressentis !

     

     

  • Voilà 100 petits mots, écrits pour le "Drabble 1" de Naeri. J'espère que ce petit texte vous plaira ^-^

     

    Angoisse

    Mon rythme cardiaque s'accélère telle une horloge dont les aiguilles aiguisées poignardent ma poitrine douloureuse; la douleur s'accentue, le manque d'air me tue, m'étouffe, m'étrangle, me transperce et perce ma vision qui se trouble, ma vision qui se double; ma tête tourne encore et encore, encore et encore elle tourne, comme une boucle qui n'en finit pas, une boucle qui n'en finit plus; mon malaise écrase et rase le peu d'esprit qui résistait, le peu d'espoir qui persistait, ma souffrance dure, s'endure et s'endurcit, consumant toute forme de joie;

    il ne reste que les morceaux éparpillés de mon cœur déchiré.


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  • J'ai enfin terminé mon texte pour le concours de Naeri "Une histoire d'image 1". Je tiens d'ailleurs à la remercier pour avoir rallongé la durée du concours ^-^ J'ai conscience que les délais doivent être respectés, et elle a bien voulu laisser d'avantage de temps à la plupart d'entre nous. Bref, merci Naeri!

    Je ne sais pas ce texte sera à la hauteur de son concours, mais j'espère que ceux qui le liront prendront quand même du plaisir!

    J'ai choisi l'image 3.

     

    ~Regard~

    « Mais qu'est-ce qu'il a encore fait cet imbécile ! » Je marmonnais ces mots une fois de plus. Un long soupire s'échappa de ma bouche, exprimant en beauté mon exaspération. Cet imbécile, c'était mon frère. Il avait enfreint les lois du pays et mettait ainsi en danger la sécurité de tout le royaume. J'avais pour mission de le ramener en toute discrétion.

    Les humains et les elfes furent pendant longtemps en guerre. Afin d'arrêter les tensions, bon nombre de lois furent mis en place, notamment l'article 4 : « Aucun humain ne doit se trouver dans le territoire elfique. » C'est d'ailleurs ce même article que mon stupide frère n'a pas respecté. Et oui, il se trouvait dorénavant sur le territoire ennemi. Si les elfes remarquaient une présence humaine sur leurs propres terres, une nouvelle guerre risquerait d'éclater, une guerre plus sanglante et plus terrifiante que la précédente.

    Je m'aventurais en terre elfique d'un air déterminé. La forêt mythique offrait un magnifique ciel dégagé. Elle appartenait à la tribu des Elfes Noirs, réputée pour leurs grandes valeurs morales. Je contemplais avec respect l'immensité des peupliers enchantés. Les feuilles argentées reflétaient une lumière discrète et apaisante. Je marchais à travers les buissons, toujours sur mes gardes. Quelques orties ne manquèrent pas de déchirer le tissu de ma cape noire. La tête camouflée par la capuche de ma cape, j'étais méconnaissable. Rien ne trahissait mon aspect humain, je pouvais traverser la forêt en toute sécurité. J'avais également laissé mes armes chez moi. Je ne voulais pas provoquer une guerre et l'absence de fusil prouverait que j'étais inoffensif en cas de besoin.

    Je sortis d'un buisson et me retrouva face à un magnifique spectacle. Un grand chêne rempli de sagesse surplombait une colline, illuminé par diverses lucioles. L'herbe dorée dansait avec les oiseaux joyeux. Une étrange créature regardait le grand chêne avec respect. Son mystérieux visage se tourna vers moi.

    C'est alors que mon cœur loupa un battement. Mes membres se figèrent, aux aguets. Un seul mouvement, et j'étais mort. À quelque mètre de moi, ses beaux yeux noirs me fixaient. Les sourcils froncés, elle appréhendait ma réaction. Ses bras tenaient fermement un arc prêt à tirer. La rapidité de son geste m'avait pris de court. Il lui suffisait simplement de relâcher la corde, et sa flèche me transpercerait en plein cœur. Un simple geste qui me mènerait à ma perte. Elle attendait devant moi, celle qui détenait mon sort entre ses doigts. Je ne pouvais m'en prendre qu'à moi-même, je n'avais pas été assez vigilant. Elle m'a prise par surprise au moment où je m'y attendais le moins.

    Le vent souffla à travers les arbres de la forêt mythique. La capuche qui recouvrait sa tête tomba sur ses épaules, libérant ses longs cheveux dorés. Ses oreilles pointues se dressèrent fièrement. Mes yeux s'écarquillèrent face à la beauté de l'elfe qui me tenait tête. Son regard noir et vif brillait plus que n'importe quel regard. Un regard qui emprisonnait le temps. Un simple regard qui bouleversait avec aisance les lois de la nature.

    Aucun de nous ne bougeait face au bruissement des feuilles. Le ciel gronda, les arbres s'affolèrent. La forêt murmura à l'oreille de l'elfe. Des pas vagabondaient au rythme du vent impatient : une autre présence semblait s'approcher. Elle recula de quelque pas, sans détourner sa flèche de ma direction, puis tourna son regard vers un peuplier argenté en bas de la colline. Intrigué par l'intérêt soudain que l'elfe portait à cet arbre, mon regard fit de même : un jeune homme fit alors son apparition en surgissant derrière l'arbre. Les cheveux bruns ébouriffés, il s'appuya contre le peuplier argenté tout essoufflé. Sa peau rougeâtre était recouverte de terre et de plaies. Il leva faiblement la tête et, lorsqu'il me vit, il s'exclama :

    « Frérot ! Qu'est-ce que tu fais ici ? »

    Affolé, je me retournai vers mon adversaire. Mais elle n'était plus là. Elle avait disparu. Mes épaules se relâchèrent, le soulagement envahit mon cœur tremblant. Je m'empressais de rejoindre ma seule famille qui m'attendait à quelque mètre plus loin. Une fois devant lui, je le fixais droit dans les yeux. Ses pupilles fuyaient mon regard, redoutant les reproches que je risquais de lui faire. J'inspirai calmement avant de frapper en beauté le visage de mon stupide frère insouciant. La peur de le perdre avait tant inquiété mon esprit perturbé. Sous l'émotion des retrouvailles, je ne manquai pas de rouspéter :

    « Et toi qu'est-ce que tu fais au juste ? T'aventurer sans permission sur le territoire elfique ? Tu veux mourir c'est ça ? »

    « C'est bon arrête ! rétorqua l'insouciant. Je ne recommencerai plus, promis. »

    Mon jeune frère baissa la tête et se laissa submerger par une incompréhensible tristesse. Il caressa sa nuque d'un air gêné en évitant mon regard interrogateur. Je le réconfortai maladroitement en posant ma main sur son épaule. Je n'avais jamais vu mon jeune frère dans cet état. Mon cœur porta inconsciemment sa tristesse avec lui. Le silence étouffa ses larmes qui ruisselaient. Il pleura, encore et encore. Et moi j'endurais ses pleurs, encore et encore. Après plusieurs minutes, il se ressaisit et essuya ses yeux larmoyants. Quant à moi, je pris fermement son bras et ajouta d'une douce voix : « Bon aller, on rentre maintenant. »


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  • Voici mon texte pour le défis n°2 de Sasha03 ! Il n'est pas très long et moins travaillé que le premier, mais j'espère quand même pouvoir vous faire partager un texte qui vous plaira ^-^

    ~Mon horrible noël chez Tante Marge~

     

    Un coup de téléphone.

     

    Il suffisait d'un seul coup de téléphone pour faire disparaître notre enthousiasme à la venue de noël. La sonnerie de mon cœur criait et m'alertait. Je n'avais qu'une seule certitude : les événements à venir risquaient de tout chambouler.

    Mon père se leva jusqu'à ce maudit téléphone. Il décrocha, écouta, remercia la personne de cet appel avant de raccrocher calmement.

    « C'était qui ? Demanda naïvement ma petite sœur. »

    Mais moi, je le savais. Cette certitude qui entrait furtivement dans mon esprit, sans aucune raison rationnelle, prenait tout son sens lorsque mon père déclara :

    « C'est fini. Tante Marge est morte hier soir à l'hôpital. »

    Personne ne fit de remarque sur cette terrible nouvelle. Nous savions que ce jour n'allait pas tarder. Nous espérions seulement passer un tout dernier noël avec elle.

    Devant nous, une délicieuse assiette de calamar accompagnée de semoule. Ces plats qui habituellement nous faisaient saliver, restaient désormais fade dans nos bouches amères. Notre belle salle à manger, d'un beige chaleureux, refroidissait nos corps. Ce fut de même pour tout ce qui nous entourait, tout : la somptueuse table nappée, les bougies rayonnantes, la cheminée en flamme, les décorations de noël. Plus rien n'avait de saveur.

    Nous nous lançons des regards, de tristesse, de peine, et quelque part aussi de soulagement. Comme si la mort avait soulagé le cœur souffrant de Tante Marge en la prenant sous son aile.

    Des larmes commencèrent à s'échapper des yeux de ma petite sœur. Ce repas fut le plus silencieux et le plus bruyant à la fois : aucun son ne sortait de nos bouches, seuls nos cœurs criaient de l'intérieur.

     

    C'est comme ceci que nous passions noël : après l'enterrement de Tante Marge, nous nous rendîmes dans son appartement le 24 décembre. Lorsque mon père ouvrit la porte, la salle qui se tenait devant nous n'était plus celle qu'on avait connu. Les affaires éparpillées, les armoires déplacées, les placards vides. Mes parents commencèrent à ranger l'appartement, en me laissant immobile à l'entrée.

    À gauche de l'entrée, une petite étagère restait intact. Je me penchai sur les reliures tassées que cette petite étagère portait : ces histoires d'aventure, de romance, d'action, ils n'avaient pas changé. Je souris face aux souvenirs que ces écrits ranimaient en moi. Je me souvenais de mes journées passées aux côtés de Tante Marge à dévorer chacun des ses livres.

    Je m'arrêtai sur un livre qui m'était plus que familier. C'était ce livre, le seul que je n'avais pas lu, le préféré de Tante Marge. Je m'assis par terre, ouvrit l'ouvrage et me plongea dans l'aventure de la sympathique concierge René. Je le savais que cela ne servait à rien. Mais j'espérais créer un lien avec le ciel, j'espérais communiquer avec Tante Marge qui désormais ne pouvait me répondre. Le temps passa, la nuit s'approcha et berça ma tête assoupie. Morphée m'enveloppa dans ses bras réconfortants, apaisant ainsi ma peine incessante.

     

    Minuit passa.

    Je me réveillai sur le canapé de Tante Marge sous les lueurs de la lune. Le voix rauque, la tête engourdie, j'étirais mes bras endoloris. Suite à ce geste, le livre posé sur ma poitrine tomba au sol, à côté de mon téléphone. Celui-ci avait vibré plusieurs fois, me souhaitant plein de « joyeux noël », par des personnes qui à cette instant m'importaient peu. Tout le voisinage dormait, aucune bruit ne se faisait entendre. Ce silence oppressant écrasait ma respiration. La douleur que je m'efforçais de contenir surgit brusquement en moi.

    C'était noël, et pourtant mon cœur se serrait. C'était noël, et pourtant mes larmes ruisselaient. C'était noël, et pourtant aucune joie raviva mes yeux éteints.

    Oui ce jour-là c'était noël. Et vous savez quoi ? C'était mon horrible noël chez Tante Marge.

     


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  • Le concours est déjà terminé au moment où j'écris cet article. Je voulais partager avec vous mon texte que j'ai écrit pour le concours de Naeri "Logo rallye 1" !

    ~Alcool~

     

    Le barman s'empressait de servir les clients. Le nouvel an approchait et remplissait le bar à une vitesse incroyable. Jusqu'à ce soir-là, le bar Chez Maurice restait une entreprise modeste qui attirait quelque passant de temps à autre. Mais à présent, le service devait faire face à une foule de personne qui discutait, buvait et riait.

    Le serveur en détresse ne vit pas la plante déposée sur le recoin d'une table. La plante tomba, emportant avec elle le plateau rempli de bière qui se fracassa au sol, sur les pieds d'un client.

    « Je vous pris d'excuser ma maladresse ! » bégaya le barman, nettoyant les dégâts qu'il avait causé.

    L'homme concerné ne fit pas attention à cette intervention. Il était robuste, d'un trentaine d'année, et buvait le verre de whisky à sa disposition.

    L'alcool lui monta à la tête. Il distinguait mal ce qui l'entourait. La plante à terre se transforma en un gigantesque chêne, traversant le plafond. L'arbre, fier, méprisait ces petits êtres qui se croyaient tout permis, abusant selon lui des futilités de la vie. Ses branches englobèrent le jeune homme dans l'obscurité. L'homme ne vit rien. Seul une douce mélodie l'accompagnait. Cette musique l'amena dans un petit salon.

    Une cheminée illumina l'espace et fit sortir l'homme de l'obscurité. Il regarda les fauteuils avec curiosité. Il se souvenait de cette maison en bois dans laquelle il avait vécu une grande partie de sa vie. Il s'approcha de la cheminée et il aperçut au rebord une photo joliment encadrée : il s'y trouvait, allongé sur l'herbe à côté de sa femme.

    « Tu es là mon chéri ? », demanda une délicieuse voix.

    Le mari se retourna. Un belle femme lui souriait. Il reconnut sans difficulté sa ravissante femme.

    Elle était assise sur un des fauteuils, elle mettait en route la vieille télévision. Un film d'enquête policière en noir et blanc se diffusait et provoquait chez la jeune femme des rires, des pleurs, des sursauts. Elle avait toujours aimé ces histoires policières. Et lui, il avait toujours aimé la voir sur ce petit fauteuil.

    Il se retrouva au pied d'un arbre, un chêne sans doute. Sa femme était allongée à côté de lui et portait un short bleu avec un gilet entrouvert qui dévoilait le haut de son maillot de bain. Les amoureux se tenaient tendrement la main. L'homme prit un appareil photo et réussi tant bien que mal à immortaliser l'agréable moment qu'ils passaient.

    Dès l'instant où la photo fut prise, le soleil se retira face aux nuages imposants. Des éclairs jaillissaient, l'orage grondait. Une pluie tranchante s’abattit sur les amants remplis d'effroi. Un grand trou noir aspira l'homme qui agrippait désespérément sa femme des mains. Il lâcha prise malgré lui et retourna dans les ténèbres.

    Un oiseau chanta. L'homme se réveilla. Son visage transpirait et ses habits tâchèrent face à un vomissement soudain. Il releva sa tête alourdie et compris qu'il se trouvait dans les toilettes du bar.

    Un petit moineau se posait sur la fenêtre ouverte. L'homme sortit de sa poche une photo de sa femme. L'oiseau chanta de nouveau cette douce mélodie. L'homme ne supportait plus ce chant, il cria en étouffant un sanglot :

    « Elle est morte, je te dis ! »


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  • Voici mon texte pour le premier concours de Sasha03 "Défis n°1". J'espère que ce texte réussira à la surprendre, ainsi qu'à vous surprendre tous autant que vous êtes. Vos avis sont les bienvenus !

    ~Le temps s'arrête~

     

    Le temps s'arrêta.

     

    Oui, il s'arrêta, tout simplement.

    Autour de moi, tout le monde s'était figé, leur peau tel un glaçon qui ne fondait. Ma meilleur amie, mes autres camarades, mon professeur... Ils étaient tous immobiles.

    « Mais qu'est-ce qui se passe ? »

    Je ne comprenais rien. Le temps s'était arrêté et pourtant, mon horloge interne continuait de tourner.

    « Il y a quelqu'un ? » risquai-je d'une voix frêle. Aucune réponse ne me parvint. Mon esprit commença par s'affoler. Des tremblements secouèrent tout mon corps. Le froid régnait en majesté, chassant toute forme de chaleur.

    Je me repris.

    Cela ne me servait à rien de m'affoler, je devais rester calme. Il fallait trouver une explication à cette situation, il fallait même trouver une solution. Je touchai délicatement la peau d'Ally qui se trouvait à côté de moi. Ses joues étaient plus dures que le métal. Réchauffer ce corps de glace me paraissait impossible. Je regardai ses yeux inanimés avec tristesse. Mais que se passait-il ?

    Après quelques minutes, je décidai de fouiller l'établissement scolaire à la recherche d'un potentiel camarade animé. Je cherchai même dans les salles depuis toujours inhabitées et sur le point de s'écrouler. Je n'oubliai pas non plus d'inspecter la salle des professeurs, qui d'habitude est interdite aux élèves. Mais personne ne correspondit à ce simple critère. Il n'y avait que des regards vides et des corps gelés.

     

    Mes recherches s'étendirent dans tout le village, dans les rues les plus étroites. Personne.

    Je courus de toute mes forces en direction de ma maison. Mais chez moi, il n'y avait personne.

    Désespérée, je fermai la porte d'entrée de ma maison et m'allongeai sur l'herbe de mon jardin. La tête face au ciel, les nuages se multipliaient. Un flocon vint se poser sur ma joue, provoquant une grande vague de frisson qui n'en finissait pas. Je me levai, les mains sur mes épaules et mes dents qui claquetaient. Mon corps luttait tant qu'il pouvait contre l'air glacial.

    Pour garder le peu de chaleur qui me restait, j'entrepris un petit footing.

     

    Ma course se stoppa devant un petit parc dans la banlieue de la ville. Je regardai nostalgique les balançoires totalement recouvertes de neige.

    J'aperçus deux silhouettes humaines. Le cœur battant d'espoir, je me rapprochai du banc sur lequel ils se trouvaient. Je reconnus non sans mal ma meilleur amie dans les bras de mon grand frère. Elle pleurait à chaude larme en agrippant le torse du jeune homme. Mon frère ne disait rien, il se contentait de prendre avec douceur la tête meurtrie de la jeune adolescente.

    « Que s'est-il passé ? » tentais-je de crier.

    Voulant alléger la peine de mon amie, je me précipitai vers eux. Mais je fus vite coupée dans mon élan. J'étais incapable de m'approcher des êtres que je chérissais. Ma main tendue vers leur visage, ma voix ne les atteignait pas.

    Puis mon frère posa une main sur la joue de ma meilleur amie en posant délicatement ses lèvres sur les siennes. Mon amie répondit à ce baiser en caressant les beaux cheveux bruns de son amant.

    Je me figeai.

    Impuissante, je ne pouvais intervenir. Je ne pouvais plus faire partie de leur vie. La tête baissée, je m'enfuis en courant vers le centre-ville.

     

    A mon grand soulagement, les rues retrouvèrent leurs dynamiques. Certains passants marchaient d'un pas rapide, d'autres préféraient profiter de l'animation des magasins et celles des bars. Pour ma part, j'errais calmement le long d'un boulevard. Des souvenirs resurgissent de ma mémoire.

    Une journée habituelle au lycée. Des heures de cours, des chamailleries entre amis, la pause déjeuné, des heures de cours, des discussions avec mes camarades de classe, et encore des heures de cours. C'était quand déjà ? Je n'arrivais pas à mettre la main sur la date de ce fameux vendredi.

    Ce vendredi s'était poursuivi comme à son habitude : à la fin des cours, j'étais rentrée chez moi à pieds. Une fois rentrée, je m'étais délectée d'un léger goûter avant d'attaquer mes devoirs. Puis mes souvenirs se brouillèrent.

    Je me trouvais devant un passage piéton, le feu était rouge. Je m'arrêtai à temps, évitant de justesse une collision avec les voitures qui passaient.

    Les voitures défilaient, j'attendis les mains dans les poches de mon sweat. La notion du temps m'échappait, mais je savais qu'il était préférable de retourner chez moi.

     

    Ma maison paraissait plus chaleureuse que la dernière fois. Ma mère était sûrement en train de préparer le repas, je percevais les lumières qui traversaient les fenêtres. Le ciel s'était assombri, et la lune ne tarderait pas à briller au milieu des étoiles.

    J'ouvris la porte d'entrée et salua ma famille en entrant. Bien qu'aucun ne me répondit, je me réjouissais de la sérénité qui émanait de cette petite maisonnette. Je me dirigeai vers le salon et aperçus sans surprise mon père qui lisait un livre sur l'histoire de France. Mon frère mettait la table avec entrain tandis que ma mère apportait ses succulents plats. Ils s’assirent et commencèrent le repas. Je les regardai et ce même sentiment d'impuissance paralysait mes muscles.

    Ils parlèrent, riaient, débattaient sur divers sujet. Les beaux yeux noirs de mon père, le sourire plein de douceur de ma mère, le piètre humour de mon frère. Oui, je les aimais, je les chérissais et rien ne pouvait y changer.

    Néanmoins, la bonne ambiance laissa la place à un mystérieux silence. Ils finirent de manger le fromage sans dire un mot. Ma mère distribua les yaourts pour le dessert. Mon grand frère demanda :

    « Vous pensez que Mei se porte bien ? »

    Un choc survint dans ma poitrine.

    Mon père s'empressa de le rassurer : « Évidemment qu'elle se porte bien. »

    Ils se turent de nouveau.

    Ce silence m'étouffait intérieurement. Les larmes ne tardèrent pas à me monter aux yeux, m'empêchant ainsi à voir clairement.

    « Elle est sûrement en train de veiller sur nous, continua ma mère, c'est ce qu'elle a toujours fait. »

    Sur ces mots, j'éclatai en sanglots. Je n'avais cesser de penser à eux. Je veillai sur chacun d'entre eux comme je le pouvais. Mais mon cri devint strident, j'exprimais dans une cacophonie mon impuissance.

    Je voulais les rejoindre, je voulais leur parler, je voulais faire partie de leur vie encore un peu. Je frappai une vitre transparente qui me séparait de ma seule raison de vivre.

    C'est alors qu'une voix résonna dans ma tête :

    « Tu veux les rejoindre, n'est-ce pas ? »

    La question ne se posait même pas. Je soufflai dans un murmure mon approbation tout en précisant l'impossibilité d'une telle action. C'était un fait : je ne pouvais les rejoindre.

    « Détrompe-toi. Tu as le choix. »

    Une lueur d'espoir raviva mon visage meurtri. Comment cela pouvait-il se produire ? Avant même de pouvoir me poser cette question, mon entourage se dissipa.

     

    Je me retrouve dans la salle de cours. Mon professeur d'anglais écrit du vocabulaire sur le tableau. Je me tourne. A côté de moi, Ally me sourit. Elle s'empare alors de ma joue droite et la serre.

    « Ba alors, c'est quoi cette tête ? Aller courage ! Plus que dix minutes et les cours seront terminés. » m'encourage-t-elle.

    Mon regard se porte sur mon cahier d'anglais. La date d'aujourd'hui correspond au vendredi 9 décembre. Il me semble avoir déjà vécu cette journée... Serais-je retourner dans le passé ? Et pourtant, je ne peux me souvenir de ce vendredi soir que j'avais apparemment vécu autrefois. J'essaye en vain de rassembler toute ma concentration pour comprendre la situation dans laquelle je me trouve.

    Les dix minutes passées, la sonnerie retentit. Les élèves se ruent hors de la salle en clamant des « googbye », en se réjouissant de leur liberté tant attendue. Ally m'accompagne jusqu'à la sortie du lycée où elle me salue avant de partir de son côté.

    Comme à mon habitude, je rentre chez moi à pieds. Une fois rentrée, je me délecte d'un léger goûter avant d'attaquer mes devoirs. Les cookies passent mal à travers ma gorge, provoquant une douleur à la poitrine. Néanmoins, rien qui ne me semble grave. Je prends mon sac à dos et m'installe sur la table du salon pour travailler.

     

    Mon grand frère rentre quelques minutes plus tard. Il vient de finir son entraînement de basket et prend directement une douche. Muni d'un simple caleçon et d'une serviette sur ses épaules, Dylan s'assit en face de moi pour prendre de mes nouvelles :

    « Alors sœurette ? Tu as passé une bonne journée ?

    -Oui, une très bonne journée et toi ?

    -Pareil. Et.... comment va Ally ? Demande-t-il d'une voix gênée.

    -Elle va bien, pourquoi ?

    -Pour rien. »

    Un sourire moqueur se dessine sur mon visage. Je ne pus m'empêcher de le taquiner ;

    -Je vois, tu t'intéresses à elle.

    Voyant qu'il ne répond pas, je constate que j'avais vu juste. Halala ces deux-là, depuis le temps qu'ils se regardaient de loin. Je me dois de faire enfin avancer les choses en leur donnant un petit coup de pouce.

    « Tu sais, tu ne la laisses pas indifférente. Je suis sûre que tu as ta chance.

    -Tu crois ? S'interroge-t-il, perdu dans ses pensées.

    -J'en suis certaine. »

    Il se mit à me demander plein de renseignement sur Ally, chose qu'il n'avait jamais oser faire. Après cette discussion animée, je m'empresse de m'affaler sur mon lit.

     

    Une douleur remue mon estomac. Cela fait une demi-heure que je me suis réfugiée sous ma couette, en position fœtale, les mains contre mon ventre endolori. Ai-je mes règles ? Elles étaient sensées venir la semaine prochaine. Avais-je une simple indigestion ? Avec toutes les conneries que l'on mange de nos jours, ça ne m'étonnerait pas. Pourtant, je ne suis pas du genre à bouffer que des conneries. J'avais même fait attention à la nourriture ces derniers temps.

    On peut distinguer sans difficulté ma colonne vertébrale et mes côtes qui apparaissent légèrement. Mes cheveux châtains lisses et mes petits yeux noisettes n'arrangent en rien à ma faible corpulence.

     

    J'arrive tant bien que mal à sortir de mon lit et à me diriger vers la cuisine. La douleur continue de croître lentement. Je me prépare donc un grand verre d'eau, accompagné d'un doliprane. J'avale le médicament en espérant que la douleur s'atténuera.

    J'entends un claquement de porte : mes parents sont enfin rentrés. Ma mère me salue et prépare la cuisine : ce soir, c'est cordon bleu et haricots verts ! Mon père se prélasse dans le canapé du salon. Il lit des poèmes de Charles Péguy avec grande attention. Je le rejoins d'un pas alourdi par mes maux de ventre.

    À mi-chemin, ma douleur à l'estomac s'intensifie et devient de plus en plus insupportable. Je me tiens en vain le ventre, criant de douleur. Mes parents ainsi que Dylan accourent et tentent de me redresser. Une substance remonte le long de mon tube digestif et sortit par ma bouche. Je découvre avec horreur une flaque de sang. Ma bouche, recouverte de sang, continue d'expulser cette substance qui me maintenait auparavant en vie.

    Ma vue se brouille. Le vertige fait tourner ma tête et me fracasse contre le sol. Ma force m'abandonne lentement.

    Je lève les yeux au plafond avec ironie : « Alors c'est comme ça que je suis morte. Que m'arrivera-t-il ? Le paradis ? L'enfer ? »

    Une lumière jaillit du plafond. Une voix résonne à travers ce halo de lumière :

    « Tu as le choix. »

    Je repense alors à tous les moments de ma vie. Les bons, les mauvais, tout. J'avais vécu une vie extraordinaire. Ou plutôt, c'étaient eux qui étaient extraordinaires. Ils m'avaient tant donné, et ils me donneront encore tant.

    Oui, maintenant je comprends.

    Depuis le début, cette mort m'attendait. Nous n'avons pas détecter mon ulcère à temps. Et même si nous l'avions fait, cela n'aurait rien changé. Mourir hier, aujourd'hui ou demain, quelle différence ? Et bien si, cela fait toute la différence. Là, à présent, je suis prête à mourir. Je suis enfin prête, parce que ma vie prenait fin naturellement, laissant un sentiment de satisfaction dans mon cœur.

    Malgré le choix que cette mystérieuse voix me laissait, je sais que ce choix ne m'appartient pas. Comment pourrai-je savoir quel est le meilleur jour, la meilleure heure, la meilleure minute ou même la meilleure seconde pour mourir ? C'est maintenant que je meurs, et je l'accepte sans regret.

    Je regarde paisiblement les visages affolées de ma mère, mon père et mon frère. Dans un dernier souffle, je murmure : «Je m'en vais »

    Et le temps s'arrête.


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